# Doit-on assurer une parcelle de bois ?
La propriété forestière représente un patrimoine naturel et économique précieux pour des milliers de particuliers en France. Avec plus de 3,5 millions de propriétaires forestiers privés détenant environ 11 millions d’hectares, la question de la protection de ces espaces boisés se pose avec acuité. Entre les risques climatiques croissants, les menaces d’incendie particulièrement présentes dans certaines régions, et la responsabilité civile engagée en cas d’accident, les propriétaires de parcelles forestières font face à des enjeux financiers considérables. Si la loi n’impose pas toujours l’assurance d’une parcelle de bois, les conséquences d’un sinistre non couvert peuvent s’avérer dévastatrices pour votre patrimoine. La chute d’une branche sur un promeneur, un incendie ravageant plusieurs hectares, ou une tempête détruisant des années de croissance forestière : ces scénarios ne relèvent pas de la fiction mais constituent des risques bien réels auxquels vous devez vous préparer.
Cadre juridique et obligations légales en matière d’assurance forestière
Le droit français établit un cadre spécifique pour la gestion et la protection des espaces forestiers. Contrairement à l’assurance habitation obligatoire pour les locataires, aucune obligation générale d’assurer votre parcelle boisée n’existe dans le Code forestier. Toutefois, cette absence d’obligation légale ne signifie nullement une absence de responsabilité. Le propriétaire forestier reste juridiquement responsable des dommages causés par sa forêt à des tiers, qu’il s’agisse d’accidents corporels ou matériels. Cette responsabilité s’applique même si votre forêt n’est pas ouverte au public et que la victime s’y est introduite sans autorisation.
Code forestier français et responsabilité civile du propriétaire
Le Code civil français, notamment ses articles 1240 et suivants, établit clairement la responsabilité du propriétaire pour les dommages causés par les choses dont il a la garde. Votre forêt entre pleinement dans cette catégorie. Une branche qui se détache lors d’un coup de vent et endommage un véhicule circulant sur la route adjacente engage automatiquement votre responsabilité. Les tribunaux français ont jugé à plusieurs reprises que le propriétaire forestier doit assumer les conséquences des accidents survenus dans sa forêt, même en l’absence de faute caractérisée. Cette jurisprudence constante renforce l’importance d’une couverture en responsabilité civile adaptée. L’adhésion à un syndicat de propriétaires forestiers comme Fransylva permet généralement d’obtenir une assurance responsabilité civile automatique, avec des tarifs négociés collectivement.
Obligations assurantielles selon la superficie et le statut foncier
La taille de votre parcelle boisée n’influe pas sur l’obligation légale d’assurance, mais elle impacte considérablement les risques encourus et donc la pertinence d’une couverture. Une petite parcelle de moins d’un hectare bordant une route départementale présente des risques différents d’une exploitation forestière de plusieurs dizaines d’hectares en pleine nature. Le statut juridique de votre terrain forestier – propriété individuelle, indivision, SCI forestière ou groupement forestier – détermine également les modalités de couverture. Dans le cas d’une indivision, tous les copropriétaires sont solidairement responsables des dommages causés à des tiers. Une assurance propriétaire non occupant (PNO) adaptée aux spécificités forestières constitue alors une solution pertinente. Les groupements forestiers, structures juridiques permettant de gé
taient notamment d’ouvrir le capital de la forêt à plusieurs associés, supposent une réflexion spécifique sur l’assurance. Le gérant doit veiller à ce que la responsabilité civile du groupement soit correctement couverte et que l’ensemble des parcelles déclarées au contrat corresponde à la réalité du foncier. Dans tous les cas, retenez qu’au-delà de la superficie ou du montage juridique, c’est bien l’exposition au risque (proximité d’une route, d’habitations, de lignes électriques, de sites sensibles) qui doit guider le niveau de couverture à privilégier.
Réglementation sur les risques incendie et catastrophes naturelles en zone boisée
Les parcelles boisées sont particulièrement concernées par le risque incendie, surtout dans les départements classés à risque élevé ou très élevé (Sud-Est, Sud-Ouest, Corse…). Le Code forestier et le Code de l’environnement imposent, dans certaines zones, des obligations de prévention : débroussaillement obligatoire autour des constructions, entretien des pistes, interdictions temporaires d’accès aux massifs en période de danger sévère. En cas de manquement à ces règles, la responsabilité du propriétaire peut être aggravée, voire entraîner des sanctions administratives.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, vos bois ne bénéficient plus, depuis les grandes tempêtes de 1999, du régime légal des catastrophes naturelles pour les dommages aux peuplements forestiers. Le régime « catnat » joue essentiellement pour les constructions et certains biens assurés, mais pas pour la valeur de la forêt elle-même. D’où l’importance de souscrire, quand c’est possible, un contrat d’assurance incendie forestière spécifique. Sans cette assurance dommage, un feu de forêt ne donnera lieu à aucune indemnisation pour les arbres détruits, même si l’événement est reconnu catastrophe naturelle par arrêté ministériel.
Responsabilité décennale en cas de dommages aux parcelles voisines
La notion de responsabilité décennale au sens strict concerne surtout les constructeurs d’ouvrage (bâtiment, génie civil) et non le propriétaire forestier en tant que tel. Toutefois, certaines opérations sylvicoles lourdes (création de pistes, ouvrages de drainage, murs de soutènement, ouvrages de retenue d’eau) peuvent relever du champ des travaux soumis à garantie décennale lorsqu’elles sont réalisées par une entreprise spécialisée. Si ces ouvrages causent, dans les dix ans, un dommage grave aux terrains voisins (glissement de terrain, inondation aggravée, affaissement), l’assureur décennal de l’entreprise pourra être mis en cause.
Pour vous, en tant que propriétaire d’une parcelle de bois, l’enjeu est double. D’une part, vérifier que les entreprises intervenant sur votre forêt (terrassiers, génie civil, aménageurs de pistes) disposent bien d’une assurance décennale en cours de validité. D’autre part, veiller à rester couvert en responsabilité civile en cas de dégâts aux fonds voisins, car votre responsabilité de propriétaire peut être recherchée en parallèle de celle de l’entreprise. Là encore, une assurance responsabilité civile « propriétaire forestier » ou « exploitation forestière » bien calibrée permet de limiter fortement votre exposition financière.
Typologie des risques couverts par l’assurance parcelle forestière
Avant de choisir une assurance pour votre parcelle boisée, il est essentiel de comprendre quels types de risques peuvent être couverts. Une forêt n’est pas seulement exposée aux feux de végétation : tempêtes, sécheresses, attaques de parasites ou dégâts du gibier peuvent aussi réduire à néant des décennies de croissance. Une bonne assurance de parcelle de bois fonctionne un peu comme une « boîte à outils » : vous sélectionnez les protections pertinentes selon votre région, vos essences et votre stratégie de gestion forestière.
Sinistres climatiques : tempêtes, sécheresses et dégâts du gel
Les événements climatiques extrêmes constituent l’un des premiers motifs de souscription d’une assurance forestière multirisque. Les tempêtes peuvent renverser ou briser des peuplements entiers ; les épisodes de sécheresse prolongée fragilisent les arbres, accentuent les risques sanitaires et accroissent le risque incendie ; le gel tardif, enfin, affecte particulièrement les jeunes plantations, compromettant parfois une régénération complète. Les contrats d’assurance tempête, grêle ou neige sur les bois prévoient généralement une indemnisation à partir d’un certain seuil de dégâts (par exemple 20 % de la surface ou du volume touché).
Dans un contexte de changement climatique, la fréquence et l’intensité de ces phénomènes augmentent. Pour un propriétaire, il devient donc stratégique de se demander : « Que se passerait-il financièrement si 50 % de mes arbres étaient à terre demain ? ». La réponse à cette question conditionne l’intérêt de souscrire une garantie tempête ou gel, en complément de la simple responsabilité civile, afin de sécuriser la valeur patrimoniale de la parcelle boisée.
Incendies de forêt et protection contre les feux de végétation
L’incendie reste le risque emblématique pour toute parcelle de bois, en particulier dans les massifs méditerranéens, atlantiques et corses. Un feu de forêt peut détruire en quelques heures ce que vous avez mis trente ou quarante ans à constituer. L’assurance incendie forêt couvre, selon les contrats, la valeur des peuplements détruits, les frais de déblaiement, le nettoyage des parcelles et parfois une partie des coûts de reboisement. Certains assureurs incluent aussi les feux d’origine criminelle ou les feux de broussailles qui gagnent vos bois.
Pour que la garantie joue pleinement, vous devez toutefois respecter vos obligations de prévention : pare-feux entretenus, débroussaillement réglementaire, interdiction de brûlage sauvage de déchets verts, etc. En cas de non-respect manifeste, l’assureur peut réduire, voire refuser, l’indemnisation. On peut comparer cette situation à l’obligation de verrouiller sa maison avant de partir : l’assurance habitation vous couvre, mais attend de vous un minimum de prudence. Il en va de même pour votre parcelle forestière face au risque d’incendie.
Attaques parasitaires : scolytes, chenilles processionnaires et maladies cryptogamiques
Les risques sanitaires, longtemps jugés secondaires, prennent aujourd’hui une importance croissante. Les scolytes déciment les épicéas et autres résineux dans de nombreuses régions ; les chenilles processionnaires affaiblissent les pins et posent également un problème de santé publique (risques allergiques) ; les maladies cryptogamiques comme la chalarose du frêne ou le chancre coloré du platane bouleversent parfois des peuplements entiers. Ces atteintes peuvent entraîner des pertes de volume, une dépréciation du bois et des coûts de coupe sanitaire.
Toutes les assurances de parcelles boisées ne couvrent pas encore ces risques biologiques. Certains contrats multirisques forestiers ou options spécifiques prévoient néanmoins la prise en charge de frais de coupe et d’évacuation, voire une indemnisation forfaitaire pour perte de valeur. Il est donc crucial, lors de la comparaison des offres, de vérifier si les risques parasitaires sont inclus, exclus, ou seulement couverts à titre exceptionnel. Dans les zones déjà très touchées, l’assureur pourra parfois appliquer une surprime ou un plafond d’indemnisation.
Risques cynégétiques et dégâts causés par le grand gibier
Les dégâts de gibier constituent un autre poste de risque souvent sous-estimé. Cerfs, chevreuils et sangliers peuvent compromettre la régénération naturelle ou les jeunes plantations par abroutissement, frottis ou déracinement. Sur certaines essences recherchées (chênes, douglas, pins maritimes jeunes), les dégâts sont tels qu’ils exigent des protections coûteuses : clôtures, manchons, répulsifs. Sans mesure adaptée, une parcelle replantée peut être quasi intégralement détruite en quelques saisons.
Quelques contrats d’assurance parcelle forestière intègrent une garantie « dégâts de gibier », couvrant soit les coûts de protection (pose de clôtures, gaines), soit une indemnisation partielle des plants détruits. Cette garantie reste toutefois minoritaire sur le marché et parfois redondante avec des dispositifs indemnitaires locaux (Fonds départementaux, conventions avec les sociétés de chasse). Avant de la souscrire, il est judicieux d’évaluer la pression cynégétique sur votre secteur avec un expert forestier ou avec votre technicien du Centre régional de la propriété forestière.
Contrats d’assurance spécialisés pour exploitations sylvicoles
Au-delà de la simple responsabilité civile, il existe des contrats d’assurance spécialisés élaborés pour répondre aux besoins des exploitations sylvicoles et des propriétaires privés. Ces offres combinent généralement plusieurs garanties : incendie, tempête, neige, responsabilité civile, parfois pertes de revenus ou reconstitution. L’idée est d’adapter la couverture à la réalité de votre parcelle de bois, que vous soyez petit propriétaire occasionnel ou gestionnaire d’un vaste massif.
Assurance multirisque forestière proposée par groupama et autres mutuelles agricoles
Des acteurs comme Groupama, certaines caisses régionales du Crédit Agricole (via Pacifica), ou encore des mutuelles agricoles proposent des assurances multirisques forestières complètes. Ces contrats, souvent destinés aux exploitants agricoles et sylvicoles, couvrent l’ensemble du patrimoine boisé de l’assuré : plantations, futaies, infrastructures forestières (pistes, clôtures, ponts), parfois même hangars et stocks de bois. Ils se déclinent en formules modulables selon la surface, les essences et la zone géographique.
Le principe de ces multirisques est de regrouper dans une seule police les différents risques majeurs : incendie, tempête, grêle, neige, responsabilité civile, voire protection juridique en cas de litige. Pour un propriétaire de parcelle de bois, cela évite la « mosaïque de contrats » difficile à suivre et permet une gestion centralisée des sinistres. En contrepartie, ces offres exigent souvent une déclaration précise des surfaces et une mise à jour régulière en cas d’acquisition ou de cession de parcelles.
Garantie perte de récolte et indemnisation du capital sur pied
Pour les forêts exploitées de manière régulière, la question n’est pas seulement de réparer les dégâts physiques, mais aussi de compenser la perte de récolte. Certaines assurances forestières prévoient une garantie de type « perte de revenus » ou « perte de capital sur pied » : si un sinistre (incendie, tempête, maladie) détruit un peuplement à quelques années de son exploitation prévue, un capital est versé pour compenser au moins partiellement la marge disparue.
Ce type de couverture fonctionne un peu comme une assurance-récolte pour une culture agricole, mais adaptée au long cycle sylvicole. L’assureur se base sur la valeur d’avenir estimée du peuplement (souvent déterminée par expertise forestière) et sur un barème d’indemnisation prédéfini. Pour un propriétaire qui compte sur la vente de ses bois pour financer un projet (retraite, transmission, travaux), cette garantie peut sécuriser les plans à long terme et rendre plus acceptable la prise de risque inerhente à la gestion forestière.
Couverture des frais de reconstitution et replantation après sinistre
Un sinistre majeur ne se limite jamais à des arbres couchés ou brûlés : il engendre des coûts importants de reconstitution de la parcelle boisée. Il faut abattre, débarder, exporter les bois, préparer le sol, acheter les plants, planter, et assurer le dégagement des jeunes plants pendant plusieurs années. Ces dépenses peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros par hectare, selon l’essence choisie et les conditions de terrain.
De nombreuses assurances forestières proposent donc des garanties « frais de reconstitution ». Celles-ci prennent en charge, sous forme de forfaits par hectare, une partie des coûts liés au nettoyage et au reboisement de la parcelle sinistrée. Là encore, les modalités varient : franchise, seuil d’intervention (par exemple à partir de 20 % de la surface touchée), plafond par hectare. Avant de souscrire, il est utile de comparer ces paramètres et de les rapprocher de vos objectifs de gestion : cherchez-vous d’abord à préserver la valeur de votre bois sur pied, ou à sécuriser la capacité de reconstituer rapidement votre peuplement ?
Assurance responsabilité civile exploitation forestière et chantiers de coupe
Dès que vous engagez des travaux forestiers (coupe, débardage, ouverture de pistes), le niveau de risque augmente : circulation d’engins, chutes d’arbres, projection de débris, dégradation de chemins communaux ou de parcelles voisines. L’assurance responsabilité civile « chef de famille » ou attachée à votre habitation n’est généralement pas conçue pour couvrir ce type d’activités. C’est pourquoi il existe des garanties spécifiques de responsabilité civile exploitation forestière et de couverture des chantiers de coupe.
Si vous faites appel à un entrepreneur de travaux forestiers, celui-ci doit être assuré en responsabilité civile professionnelle. Mais cela ne vous exonère pas totalement, en tant que donneur d’ordre et propriétaire, notamment en cas de défaut de surveillance ou de consigne de sécurité insuffisante. Pour les propriétaires qui réalisent eux-mêmes certains travaux (abattage occasionnel, façonnage de bois de chauffage, utilisation de tracteurs ou treuils), il est vivement recommandé de vérifier auprès de son assureur la portée exacte de la couverture et, si besoin, de souscrire une option dédiée aux chantiers forestiers.
Évaluation patrimoniale et calcul des primes d’assurance boisée
Assurer une parcelle de bois, c’est avant tout évaluer sa valeur. Contrairement à une maison dont la valeur peut être approximée par les prix de marché, une forêt combine la valeur du sol, celle des peuplements et le potentiel de production future. Les assureurs s’appuient donc sur des méthodes d’expertise forestière spécifiques pour fixer le capital assurable et, par ricochet, calculer les primes. Mieux vous comprenez ces mécanismes, plus vous pouvez ajuster votre contrat à vos besoins réels.
Méthodes d’expertise dendrométrique pour déterminer la valeur assurable
L’expertise forestière repose en grande partie sur des mesures dendrométriques (inventaire des arbres, diamètres, hauteurs, volumes). L’expert forestier ou le technicien va échantillonner la parcelle, mesurer un certain nombre d’arbres, puis extrapoler le volume total par hectare. À ce volume sont ensuite appliqués des prix moyens du marché, différenciés selon les assortiments (bois d’œuvre, bois d’industrie, bois énergie), afin d’estimer la valeur du bois sur pied.
Cette évaluation est souvent complétée par une approche patrimoniale : prise en compte de la qualité de la station forestière, de l’accessibilité, de la desserte, de la régularité des peuplements et de leur dynamique de croissance. Pour l’assurance, on peut aussi retenir des valeurs forfaitaires par classe d’âge et par essence, afin de simplifier la tarification. Comprendre ces méthodes vous permet de vérifier si la valeur déclarée à l’assureur n’est ni sous-évaluée (indemnisation insuffisante) ni surévaluée (cotisations inutilement élevées).
Impact de l’essence forestière sur les cotisations : feuillus versus résineux
Toutes les forêts ne se valent pas en termes de risque, mais aussi de valeur économique potentielle. Les résineux (pins, épicéas, douglas) ont souvent des rotations plus courtes et des réponses plus marquées aux risques climatiques et sanitaires (tempêtes, scolytes, incendies). Les feuillus (chênes, hêtres, châtaigniers) présentent des cycles plus longs, une valeur unitaire parfois plus élevée en bois d’œuvre, mais aussi une sensibilité différente aux sécheresses et maladies.
Les assureurs intègrent cette réalité dans leurs barèmes : une parcelle de pins maritimes en zone méditerranéenne très exposée au feu ne sera pas tarifée comme une hêtraie montagnarde humide. Pour vous, l’enjeu consiste à adapter la garantie au profil de peuplement. Dans certains cas, il est pertinent d’assurer davantage vos peuplements à haute valeur (chênaies de qualité, douglas d’œuvre) et de limiter la couverture sur des taillis à faible potentiel. Une bonne analogie est celle du bijoutier : on n’assure pas une vitrine de la même manière qu’un coffre-fort.
Zonage géographique et coefficients de risque selon les régions ONF
La localisation de votre parcelle pèse aussi lourdement sur le calcul de la prime. La France est découpée en zones de risque plus ou moins élevées pour les incendies, les tempêtes ou certains parasites, sur la base de données historiques et de cartes produites notamment par l’ONF, Météo-France et les services de l’État. Une parcelle en zone méditerranéenne périurbaine entourée de lotissements n’est pas exposée de la même manière qu’un massif isolé en moyenne montagne.
Les assureurs appliquent donc des coefficients de majoration ou de minoration selon le département, l’altitude, la proximité du littoral, la continuité forestière, etc. Il peut être intéressant, lors d’un achat de parcelle boisée, d’interroger l’assureur sur ces zonages : le coût de l’assurance forestière peut varier significativement d’une région à l’autre. À l’échelle de la gestion forestière, certains propriétaires tiennent désormais compte de ces paramètres assurantiels pour arbitrer entre les types de plantations et les zones d’investissement.
Alternatives et dispositifs publics de protection forestière
Tous les propriétaires ne souhaitent pas ou ne peuvent pas souscrire une assurance formelle pour leur parcelle de bois. Pour autant, il existe des dispositifs publics et collectifs qui viennent compléter, voire partiellement remplacer, une couverture assurantielle classique. Ils ne dispensent pas de prudence, mais offrent un filet de sécurité supplémentaire, notamment en cas de sinistres d’ampleur nationale ou régionale.
Fonds de garantie des risques liés aux calamités agricoles et forestières
Historiquement, les forêts ont peu bénéficié des mécanismes de calamités agricoles, plutôt orientés vers les cultures et l’élevage. Cependant, certains dispositifs, comme le Dispositif d’Encouragement Fiscal à l’Assurance (DEFA) ou des fonds régionaux, cherchent à encourager l’assurance forestière et à mutualiser une partie des risques. Dans certains cas, après un événement majeur (grande tempête, incendies historiques), des enveloppes exceptionnelles peuvent être mobilisées pour aider à la reconstitution des massifs touchés.
Ces aides publiques fonctionnent davantage comme un complément que comme un substitut à l’assurance. Elles interviennent souvent sur dossier, avec des critères d’éligibilité précis (document de gestion durable, nature des peuplements, surfaces minimales). Miser uniquement sur ces fonds pour protéger la valeur de votre parcelle de bois reviendrait un peu à compter sur une éventuelle collecte solidaire après un sinistre : cela peut aider, mais ne remplace pas une couverture contractuelle clairement définie.
Défense des forêts contre l’incendie (DFCI) et obligations de débroussaillement
En matière de risque incendie, la première « assurance » reste la prévention collective. Les dispositifs de Défense des Forêts Contre l’Incendie (DFCI) regroupent des pistes forestières, points d’eau, pare-feux, vigies, patrouilles, mis en place par les collectivités, les services de l’État et parfois les propriétaires eux-mêmes. La participation à ces structures (associations syndicales autorisées, syndicats de DFCI) est souvent encouragée, voire rendue obligatoire dans certaines zones à risque élevé.
En parallèle, les propriétaires de parcelles de bois situées à proximité des habitations ont des obligations légales de débroussaillement et de maintien en état débroussaillé. Ces travaux, parfois coûteux, réduisent significativement la probabilité de propagation d’un feu et la responsabilité du propriétaire en cas de sinistre. Ils peuvent également être pris en compte par l’assureur pour apprécier le niveau de risque et ajuster la prime. En respectant ces obligations, vous investissez dans une forme de « franchise préventive » susceptible d’éviter le sinistre plutôt que de simplement l’indemniser après coup.
Plans de prévention des risques naturels prévisibles en zone forestière
Les Plans de Prévention des Risques Naturels (PPRN) – inondation, feu de forêt, mouvements de terrain – s’appliquent aussi aux zones boisées. Ils déterminent des secteurs où les risques sont avérés et prescrivent des mesures à respecter : interdiction de certaines constructions, gestion des boisements, création ou entretien de coupures de combustible, servitudes de passage pour les secours. Ces documents d’urbanisme ont un impact direct sur la manière dont vous pouvez gérer et valoriser votre parcelle.
Pour l’assurance, la présence d’un PPRN « Feu de forêt » ou « Inondation » peut se traduire par des exigences particulières (attestation de débroussaillement, respect des servitudes) ou par une modulation des primes. Avant d’acheter ou d’aménager une parcelle boisée, il est donc indispensable de consulter le PPRN en mairie ou en ligne. Vous saurez ainsi dans quel environnement réglementaire et assurantiel s’inscrit votre projet forestier, et vous pourrez anticiper les contraintes comme les opportunités (subventions pour travaux de prévention, par exemple).
Stratégies de gestion des risques sans assurance formelle
Assurer une parcelle de bois a un coût, parfois jugé disproportionné pour de petites surfaces ou des peuplements de faible valeur. Certains propriétaires choisissent donc de ne pas souscrire d’assurance dommages, tout en restant éventuellement couverts en responsabilité civile via un syndicat de propriétaires forestiers ou un contrat spécifique. Faut-il pour autant renoncer à toute gestion du risque ? Bien au contraire : il existe plusieurs leviers pour limiter votre exposition, même sans police d’assurance complète.
La première stratégie consiste à diversifier vos peuplements en essences, en âges et en structures (futaie, taillis, mélange feuillus-résineux). Une forêt monospécifique et équienne est bien plus vulnérable : un seul parasite, une tempête ciblée ou un changement brusque de marché peuvent l’affecter massivement. À l’inverse, une parcelle diversifiée amortit les chocs, un peu comme un portefeuille d’actions bien réparti réduit le risque financier global.
Ensuite, la mise en œuvre rigoureuse des bonnes pratiques sylvicoles et de prévention (débroussaillement, éclaircies régulières, entretien des cloisonnements et chemins, contrôle sanitaire, surveillance des lignes électriques ou routes voisines) diminue la probabilité et la gravité des sinistres. Un arbre régulièrement contrôlé, élagué si nécessaire, tombera plus rarement sur la chaussée qu’un arbre négligé ; un sous-bois nettoyé ralentit la propagation des feux. Ces mesures, si elles n’éliminent pas le risque, en réduisent sensiblement l’ampleur.
Enfin, il est possible de constituer une sorte de « auto-assurance » en mettant de côté, chaque année, une partie des revenus forestiers (ou une épargne dédiée) pour faire face aux futurs sinistres. Cette approche demande de la discipline, mais peut se révéler intéressante pour des propriétaires qui acceptent une part de risque et préfèrent conserver la maîtrise de leurs liquidités. L’idéal, pour beaucoup, sera de trouver un compromis : une assurance responsabilité civile obligatoire ou fortement recommandée, éventuellement une couverture partielle des risques majeurs sur les peuplements à forte valeur, et une gestion prudente complétée par la prévention et la diversification.